Medocs

… fait la fortune des autres, dit-on approximativement. Cet adage mériterait de figurer au fronton des usines pharmaceutiques. Nul ne contestera l’apport considérable de la recherche médicale et de son corollaire incontournable, la découverte médicamenteuse, en tout cas au siècle précédent. Mais ce n’est un secret pour personne : la philanthropie ne constitue pas la qualité première de Big Pharma. Ainsi, tout ne vise qu’à accroître le profit des grands groupes et les dividendes de leurs actionnaires.

Il y a quelques années encore, la phytothérapie était prise en charge par l’Assurance Maladie. Certes partiellement, mais avec le remboursement complémentaire des Mutuelles, cela permettait aux plus modestes d’accéder à cette thérapeutique souvent efficace et rarement toxique. Mais évidemment, ce que les patients investissaient dans les anxiolytiques à base de plantes, les tisanes somnifères ou les infusions digestives, ils ne le mettaient pas dans la poche des laboratoires allopathiques. On vit alors les industriels dégainer une nouvelle arme secrète portant l’énigmatique matricule SMR, acronyme de « Service Médical Rendu »…  Des experts, aussi assermentés qu’asservis, apparurent pour décréter, au terme d’analyses confidentielles et de calculs incompréhensibles pour le commun des mortels, que, contrairement à ce que tout le monde pensait depuis des générations, la phytothérapie était en fait totalement inutile et ne méritait donc plus son remboursement. Aussitôt, l’objectif prévisible et recherché se réalisa… La plupart des prescriptions se reportèrent sur des produits bien chimiques, aux effets secondaires parfois sévères, nécessitant  à leur tour d’autres médicaments allopathiques pour les soulager, etc., pour la plus grande joie des financiers et des boursicoteurs. 

Le SMR fut ressorti de son étui pour les toniques veineux dont la plupart se composaient d’extraits végétaux, comme l’intrait de marron d’Inde ou le Ginko Biloba. Leur déremboursement obligea des dizaines de milliers de patients à y renoncer. Dès la première année le nombre de phlébites explosa tout comme celui des embolies pulmonaires. On utilisa alors des hectolitres d’héparine dont le moindre millilitre coûte l’équivalent d’un mois de traitement par phlébotoniques. Pas étonnant que les comptes de la Sécu stagnent dans le rouge depuis des décennies !

Pour l’homéopathie, la méthode fut différente. On décida, en haut lieu, que cette médecine presque tri-séculaire, utilisée avec satisfaction par 70% de la population et représentant, dans nos dépenses de santé, l’équivalent d’une demie-goutte d’eau dans une piscine olympique, devait désormais faire ses preuves selon la seule méthode validée : l’étude clinique randomisée en double aveugle contre placebo. Grosso modo, on prend deux groupes de malades répartis au hasard ; on donne le médicament testé aux uns et un leurre aux autres, personne ne sait qui prend quoi et, à la fin, on regarde qui a gagné. Sauf que l’homéopathie est une thérapeutique personnalisée, basée sur la recherche du similimum, à savoir la substance correspondant le mieux au profil du patient, le produit naturel capable de reproduire avant dilution les symptômes les plus semblables au tableau clinique présenté par celui-ci. Cela signifie que si deux personnes ont la même pathologie, ils auront des prescriptions différentes, adaptées à ce qu’on appelle leur « type sensible ». A partir de là, il paraissait évident que transposer à l’homéopathie le principe d’une étude clinique comparative relevait de l’utopie pseudo-scientifique. Les experts, les mêmes que précédemment ou leurs clones, le savaient pertinemment, tout comme les organismes officiels du genre HAS ou les services d’Etat. L’hypocrisie et le cynisme étant les deux mamelles de la politique, notre Ministre a pu décréter tranquillement le déremboursement en deux temps et trois mouvements de nos tubes, granules et autres globules bienaimés, sans même avoir besoin d’initier la moindre étude clinique. Et l’on a eu beau nous jurer que, même déremboursée, l’homéopathie continuerait à être accessible au public dans toutes les bonnes pharmacies, en six mois le laboratoire français Boiron, l’un des leaders mondiaux en la matière médicale, a déjà licencié plus de 600 personnes et fermé plusieurs de ses usines en France.  Et qui se frotte les mains… ?

Et voilà qu’on nous refait le coup en pleine pandémie. Alors que les chiffres de la mortalité nationale et mondiale grimpent aussi rapidement que les relevés de température en période caniculaire, un scientifique Marseillais dont le look original n’est pas sans évoquer celui du professeur farfelu du film « Independance Day », affirme haut et fort que l’hydroxychloroquine, découverte au 17ème siècle et commercialisée depuis près de 70 ans, aurait des vertus extraordinaires en réduisant très rapidement la charge virale chez la plupart des malades. Aussitôt, des experts, les mêmes que précédemment ou leurs clones, s’élèvent contre l’absence de méthodologie validée. Ces scientifiques reconnus, après avoir déclaré les masques inutiles pour le quidam quand on n’en avait pas et changé d’avis à la première livraison, après avoir affirmé que les tests de dépistage systématique n’avaient aucun intérêt mais décidé de les imposer dès lors que nous en disposions enfin, désignent désormais comme persona non grata celui qu’ils considéraient il y a peu, comme le meilleur d’entre eux. Au-delà des conflits d’ego, on peut s’étonner que ces experts aient exigé que, malgré l’urgence absolue de la situation, on s’offre le luxe d’une belle étude randomisée en double aveugle contre placebo au risque que les résultats n’en soient connus qu’une fois le Covid 19 ravalé au rang des mauvais souvenirs. Après tout, nous sommes en guerre et, comme disait ma grand-mère, « à la guerre comme à la guerre ! ». Mais le plus surprenant, c’est d’avoir initialement exclu de cette étude l’hydroxychloroquine alors que son utilisation se répand dans le monde à la vitesse d’une pandémie, que les témoignages d’efficacité affluent de partout et que les files d’attentes s’allongent devant la consultation du célèbre professeur expérimentateur. Heureusement, à la demande de l’OMS et en raison de la pression populaire, le produit banni a été ajouté en dernière minute à l’étude. Il est amusant de constater que si ce produit est facile à produire et par conséquent d’un prix plus qu’abordable, il n’en est pas de même des autres substances testées. En effet, les deux principales sont des antirétroviraux utilisés pour l’un sur Ebola et pour l’autre sur le VIH, et, nonobstant leur efficacité potentielle, leur coût est, pour le plus grand bien des fabricants, sans commune mesure avec celui des comprimés promus à Marseille.

Il ne manquerait plus que ce médicament soit aussi efficace qu’on le prétend et tous ceux qui auront mis un frein à son utilisation en urgence auront des milliers de morts sur la conscience.

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