A une époque, aujourd’hui révolue, où « abondance » de médecins rimait avec « concurrence », il importait de faire valoir certaines spécialités susceptibles d’attirer le chaland… pardon, le patient !

Je m’étais ainsi rendu célèbre dans le canton pour ma capacité, par des moyens naturels, à favoriser la conception, au choix des parents, d’un rejeton de sexe mâle ou femelle avec une probabilité nettement supérieure aux prévisions de la météorologie nationale.

A l’instar des scientifiques d’antan, je n’avais pas hésité à tester courageusement sur moi-même, ou plus exactement sur mon épouse consentante, la méthode du bien nommé Docteur PAPA, un gynécologue ayant transposé de la vache à la femme un régime alimentaire qui avait donné pleine satisfaction à des générations d’éleveurs de bovins et de vétérinaires ruraux.

Ayant déjà deux filles à qui je souhaitais offrir un petit frère, j’imposais pendant de longues semaines à leur maman un régime draconien, excluant tous les laitages en particulier les fromages dont elle raffolait, et qu’elle ne cessa que lorsque je lui fis cadeau d’un Boursin entouré d’un superbe flot signifiant que le test de grossesse était positif. La naissance d’un garçon neuf mois plus tard attesta de l’efficience du procédé, qui se confirma par la suite à plusieurs reprises m’élevant peu à peu au grade de gourou en la matière.

C’est ainsi qu’un beau matin, arrivant  à mon cabinet et ouvrant la porte d’une salle d’attente engorgée par mon retard, je vis se lever d’un bond une jeune dame aussi dynamique qu’inconnue qui me lança d’une voix forte, avant que j’aie le temps de la faire entrer dans mon bureau, une phrase définitivement assassine pour la paix de mon ménage et ma réputation de mari fidèle :

« Bonjour Docteur ! Je viens pour que vous me fassiez un garçon comme à ma voisine !! »

La révélation du procédé en question impose de rappeler en introduction, si j’ose dire, que sur un plan purement chromosomique, les filles sont XX et les garçons XY. Les ovules maternels  étant tous nés sous X, c’est le premier spermatozoïde qui y pénètre qui déterminera le sexe de l’enfant à naître. On a donc sur la ligne de départ plusieurs millions de gamètes à flagelles, portant  en proportions équitables un dossard floqué X ou Y. Or  si les lièvres Y sont de rapides sprinters surtout en milieu acide, les tortues X sont plutôt des coureurs de fond appréciant le terrain alcalin.

Pour favoriser la conception d’un garçon, il faut donc privilégier les aliments riches en potassium et en sodium en consommant préférentiellement toutes les viandes, charcuteries, poissons salés (morue), fumés (harengs, haddock), en conserves (sardines, thon, maquereau au vin blanc), les céréales telles que le riz, les pâtes, la semoule, le pain blanc, les biscottes ordinaires, les biscuits apéritif salés, mais aussi les viennoiseries. Au rayon fruits et légumes, on préfèrera les légumes secs (fèves, haricots secs, pois cassés, lentilles, maïs) et tous les autres légumes, qu’ils soient frais, en boîte ou surgelés, sauf les légumes à feuilles vertes (épinards, cresson, pissenlit) et les fruits secs oléagineux (noisettes, amandes, cacahuètes…).

Il importe de diminuer simultanément les apports en calcium et en magnésium en faisant l’impasse sur le lait et tous les produits laitiers, c’est-à-dire les fromages, yaourts, petits-suisses, fromages blancs, mais aussi le beurre, les desserts ou préparations à base de lait (glaces, flans, sauce Béchamel), les crustacés, coquillages, œufs en plat principal (omelettes, œufs durs, frits, pochés, à la coque) et enfin le chocolat et le cacao. Côté boissons, on choisira des jus de fruit, du thé, du café.

En toute logique, pour une petite fille, il faudra que la future parturiente adopte une alimentation en miroir de la précédente, c’est-à-dire riche en calcium et en magnésium, mais pauvre en sodium et en potassium. On abusera des laitages tels que lait, bien sûr, mais aussi yaourts, crèmes glacées, fromage blanc, petits-suisses, etc. Il est également recommandé de consommer de la viande blanche, du poisson frais et des œufs. Comme fruits et légumes, on se tournera vers les salades vertes, haricots verts, épinards, ananas, pommes, mandarines, pastèques, poires, fraises et framboise. On s’hydratera avec des eaux minérales riches en calcium et/ou en magnésium (Hépar, Contrexéville, Courmayeur, Talians). En revanche, pas d’eaux gazeuses, ni de thé, café, chocolat, bière et encore moins de cidre.

 

Enfin, pour mettre toutes les chances de son côté, on pourra jouer sur le pH vaginal et la date du rapport fécondant. Ainsi, pour les Y et les garçons, on pratiquera un rinçage vaginal avec un savon alcalin affichant un pH supérieur à 8, cela juste avant un rapport qui, idéalement aura lieu au voisinage de l’ovulation ou mieux juste après celle-ci. Pour les X et les filles, on fera l’inverse en utilisant un savon acide d’un pH inférieur à 7 et en programmant le rapport 4 ou 5 jours avant l’ovulation afin que, lorsque les X parviennent enfin au contact du Graal ovulaire, leurs concurrents Y soient déjà tous décédés au champ d’honneur.

Adieu romantisme, bonjour  pragmatisme ! Et encore, je vous épargne les positions tirées du Kama Sutra que préconisent certains mais qui semblent plus efficaces pour déclencher une hernie discale que déterminer le sexe de l’enfant à venir…

En conclusion, on conseillera quand même une surveillance médicale de cette méthode et on rappellera qu’il est inutile voire dangereux de poursuivre le régime après la fécondation. En effet, à cette date et comme on dit vulgairement : alea jacta est… !

Cet article a 2 commentaires

  1. Sabrina

    Bonjour, je ne comprends pas. Vous dites que les spermatozoïdes Y donc mâle préfère les milieux acides et inversement… or, dans toute les méthodes que j’ai pu lire a présent c’est l’inverse. Les Y sont plus rapide et préfèrent les milieux alcalins. Et les X plus endurantes mais moins rapide et aussi a l’aise dans l’acide ou l’alcalin…🤔
    Qui dit vrai alors ?
    Merci
    Cdt

    1. toubib57

      Bonsoir Sabrina,
      vous avez parfaitement raison ! Acide pour les filles et alcalin pour les garçons… Mais tous le reste est vrai.
      Comme vous l’avez compris, j’ai préféré soigner la forme plutôt que le fond dans cet article se voulant surtout humoristique et destiné à une revue de santé dont les abonnés sont plus proches de l’ehpad que de la maternité, Un peu comme moi désormais.. ce qui peut expliquer ce lapsus que je vais corriger de suite pour ne pas provoquer de désillusion chez les futures parturientes.
      Merci de votre message et bien cordialement
      Dr Gimbert

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